dimanche 25 septembre 2011

Une usine à Notre-Dame

L'ancienne sous-station Cité, et, juste derrière, Notre-Dame
(août 2011)

   L’île de la Cité n’a rien d'un quartier industriel. Elle compte néanmoins une usine, à deux pas de Notre-Dame : la sous-station électrique construite au 19, rue Chanoinesse en 1908-1909.

Ces deux années-là, toute cette petite rue qui abrita longtemps des chanoines, vicaires et autres dignitaires de Notre-Dame est bouleversée par l’arrivée du métro. Pour alimenter la toute nouvelle ligne n°4, la première à s'aventurer sous la Seine, il est en effet décidé d’implanter rue Chanoinesse une petite usine électrique, destinée à transformer le courant alternatif à haute tension venu des centrales de Bercy ou Saint-Denis en courant continu à basse tension.

La démolition de la tour Dagobert
en 1909 (photo Agence Rol)
Dans ce but, la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP), l’un des ancêtres de la RATP, achète une partie des terrains appartenant aux Allez, deux frères qui tiennent un grand magasin de quincaillerie au Châtelet et possèdent plusieurs immeubles dans la rue. 
Mais le chantier va bien au-delà de ce projet. De nombreux bâtiments sont détruits, des fouilles archéologiques sont entreprises, et le tracé de la rue est redessiné. Les travaux font notamment disparaître la pittoresque « tour de Dagobert », qui remontait à la fin du XVème siècle ou au début du XVIème. A cet endroit, juste en face de la sous-station, les frères Allez construisent de nouveaux entrepôts correspondant mieux à leurs besoins (ils ont depuis été transformés en garage par la Préfecture de police).

Pour la sous-station, la CMP fait appel une fois de plus à l’architecte alsacien Paul Friesé, qui réalisera au total 11 bâtiments de ce type et trois centrales électriques pour le compte de la CMP ou d'autres branches du groupe Empain-Schneider. La sous-station Cité présente ainsi les mêmes traits que les autres de cette série, avec un socle en béton, une structure métallique et une façade de verre.

Mise en service le 9 janvier 1910, la sous-station Cité a, comme les autres, été rendue obsolète par l’arrivée dans les années 1960 de nouveaux équipements électriques, bien moins encombrants. Les lieux sont néanmoins toujours utilisés par la RATP, qui y a installé un poste de redressement et des services techniques.

Détail de la façade (août 2011)

samedi 24 septembre 2011

Rue des Francs-Bourgeois, de l’or dans les cendres

La Société des cendres. Un nom mystérieux, un rien inquiétant. Dans l’immeuble qui porte cette inscription, cependant, pas de messes noires ni de cadavres. 

Le secret du 39, rue des Francs-Bourgeois est à chercher ailleurs : derrière sa façade classique se cache une usine, l’une des dernières qui ait fonctionné dans le Marais. Elle n’a cessé de tourner qu’en 2002, et les machines sont encore sur place, intactes, prêtes à redémarrer. Sa fière cheminée de brique rouge, haute de 35 mètres, reste bien visible du jardin Francs-Bourgeois-Rosier, juste à côté.

Ce n’était pas une usine comme une autre. Des « laveurs de cendres » y oeuvraient. Un métier méconnu. Il consiste à traiter les déchets des bijoutiers et joaillers, afin de récupérer l’or, l’argent ou encore le platine qui s’y trouvent mêlés à toutes sortes de poussières.

Le grand atelier et la verrière (septembre 2011)
Jusqu’au milieu du XIXème siècle, cette activité était confiée à des professionnels. Mais les orfèvres et autres bijoutiers parisiens trouvaient le service mal effectué et trop coûteux. Ces intermédiaires « ont fait de cette opération une industrie fort avantageuse pour eux, au grand détriment du commerce de la bijouterie », pestaient-ils. 

En 1859, les bijoutiers choisissent donc de s’occuper eux-mêmes des rognures et autres limailles minutieusement récupérées dans leurs ateliers, et créent à cette fin un outil commun, la Société des Cendres. Une sorte de coopérative, dont les clients – plus de 500 spécialistes des métaux précieux - sont aussi les actionnaires. 

"Cette société ayant pour but bien plutôt d’éviter les pertes que de faire des bénéfices, il était important qu’elle n’eût ni les allures, ni les conditions d’existence des sociétés qui se créent pour la spéculation", précisent les motifs des statuts. Les décisions sont ainsi prises selon le principe « un homme, une voix », quelque soit le nombre de parts détenues par chacun.

Le 39, rue des Francs-Bourgeois tel qu’on peut le voir aujourd’hui a été construit pour cette jeune société en 1867. A l’époque, les grands bourgeois du Marais étaient partis pour le faubourg Saint-Germain, et le quartier avait été livré à l’industrie. Le bâtiment sur rue, avec son bel escalier en spirale et les pièces qui servaient de bureaux, présente tous les traits d’un hôtel particulier. En haut de la façade, une inscription précise toutefois clairement l’activité effectuée sur place : « Fonderie d’or et d’argent, traitement des cendres, essais et analyses »

A l’intérieur, un escalier en pierre s’appuyant sur une partie de l’enceinte de Philippe Auguste permet d’accéder au sous-sol, occupé par un haut-fourneau et des meules en fonte. Au rez-de-chaussée se trouve un autre four, dans un grand atelier doté d’une charpente métallique et coiffé d’une verrière. Il y avait aussi là, auparavant, une machine à vapeur alimentée par une chaudière « Belleville », des moulins, des mortiers, des pilons.  

Au sous-sol, Gilbert Deze montre l'utilisation
de la double meule (septembre 2011)
Les clients bijoutiers venaient avec des sacs de 50 à 500 kilos contenant la poussière qu’ils avaient récupérée les mois précédents. Ces déchets étaient brûlés, puis les cendres étaient broyées afin de les réduire en poudre. Les étapes suivantes consistaient à tamiser puis laver ces résidus pulvérisés, avant de leur appliquer un traitement chimique à base de mercure. Il permettait de séparer les matières précieuses, et de les agglomérer, pour retrouver des lingots d’or. 

« Pendant tout ce temps, les clients étaient là, à surveiller ce que devenaient leur poussière contenant de l’or ou de l’argent, se souvient Gilbert Deze, un ancien « cendrier », venu faire revivre la maison à l’occasion des Journées du patrimoine, en septembre 2011. Le soir, si le travail n’était pas fini, on scellait le sac, et seul le client pouvait le rouvrir le lendemain. » Partant d’un sac de 50 kilos, il fallait au moins 250 grammes d’or pour que cette série d’opérations soit rentable. « Un jour, on a récupéré 8 kilos ! »

La cheminée vue de l'atelier principal
(septembre 2011)
L’activité s’est poursuivie quasiment sans changement jusqu’au début du XXIème siècle. "Elle a occupé jusqu’à 100 personnes lorsque nous traitions les pellicules Kodak argentiques, raconte Gilbert Deze. On a terminé à 25."


La Société des cendres existe toujours. Elle a déménagé à Vitry-sur-Seine, en banlieue, et s’est reconvertie dans le négoce de produits pour la prothèse dentaire et l’orthodontie. Elle comptait encore 120 actionnaires en 2009. 


Quant à l’immeuble des Francs-Bourgeois, il ne va pas rester longtemps figé tel qu’il était lors du départ des derniers salariés, avec son monte-charge antédiluvien, ses bidons remplis de boue séchée et sa grande horloge arrêtée sur 11h07. Le propriétaire souhaite réaménager les lieux. Uniqlo est sur les rangs. Le géant japonais de l'habillement a obtenu le feu vert de la Commission départementale d’aménagement commercial pour installer sur place une boutique de 1.300 m2. Ouverture prévue en 2013. Mais promis-juré, la meule de 7 tonnes et la cheminée resteront en place, en mémoire de l’or du Marais. 

Le fronton de la façade, rue des Francs-Bourgeois

Facture de la Société des Cendres (Janvier 1938), coll. J.J. Richard

A lire sur le sujet :
« La Société des cendres », Le Musée social, 1905.
« La Société des cendres : de l’or au Marais », par Karine Mourot, Bulletin de l’association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris Historique, n°103, 2011. 

samedi 17 septembre 2011

Boulevard de Charonne, la fin de 150 ans d'industrie

Le poste Nation, boulevard de Charonne (juin 2011)
   C’est le grand chantier du moment dans le onzième arrondissement. Dans ce quartier de l’est parisien, pas d’hôpital, de caserne ou de vastes dépôts de la SNCF ou de la RATP à reconvertir. Le réaménagement des 8.000 mètres carrés libérés par EDF au 63-69 boulevard de Charonne focalise donc l’attention. Les travaux ont commencé. Tout n’est cependant pas encore joué. L’ancien centre EDF sans grâce du 63 et les vieux bâtiments cachés derrière vont disparaître, pour être remplacés par un ensemble comportant des logements sociaux, une crèche, un accueil pour handicapés mentaux, une maison de santé et un commerce. Livraison prévue en 2014. Juste à côté, l’imposant poste électrique Nation devrait, lui, rester solidement planté le long du boulevard. Désaffecté depuis des années, il sera peut-être reconverti en salle de spectacle ou en centre culturel sur le brillant modèle de la Tate Modern, à Londres, rien n’est décidé.


Le chantier qui s’annonce marquera la fin de l’histoire industrielle de cet ilôt, histoire dont on retrouve les traces dès le milieu du XIXe siècle. A cette époque, sans doute vers 1860, un certain Chavagnat installe sur place une usine de ferblanterie. Elle emploie 150 ouvriers en 1872. En 1874, l’usine est reprise par Alfred Boas, un ingénieur centralien de vingt-huit ans, juif, qui a été blessé durant la guerre de 1870. Il s’associe au bout de quelques années à un autre ingénieur de huit ans plus jeune que lui, un polytechnicien également d’origine juive, Camille Rodrigues-Ely.
Mort du Lieutenant-colonel Froidevaux,
par Emile Renard


L’entreprise prospère, et devient l’une des plus importantes ferblanteries et zingueries de France. Une nuit d’octobre 1882, cependant, les lieux sont ravagés par un incendie. « Toutes les pompes à vapeur de la capitale furent mises en mouvement; mais l’intensité du feu était telle, qu’il ne restait plus qu’à préserver les maison voisines », rapporte la presse de l’époque. Le lieutenant-colonel des sapeurs-pompiers qui dirige les secours, François-Xavier Froidevaux, est tué pendant le sinistre, le corps fracassé par la chute d’une poutre. Il a droit à des obsèques solennelles, l’Etat commande au peintre Emile Renard un tableau sur sa mort héroïque, et une quinzaine d’années plus tard, son nom sera donné à une rue du XIVème arrondissement, le long du cimetière Montparnasse.

L’épisode n’entrave guère l’essor de la maison Boas, Rodrigues et Cie. Dès l’année suivante, l’usine est reconstruite, « dans de presque aussi mauvaises conditions qu’auparavant, grâce à l'incurie de l’Administration », accusera plus tard « La Revue socialiste, syndicaliste et coopérative ». L’effectif monte à 300 personnes en 1885, 360 en 1891, 450 en 1901. C’est que Alfred Boas et Camille Rodrigues innovent, déposent des brevets, font de la publicité. Ils ne se contentent pas de fabriquer des articles de ménage et de jardinage, des extincteurs, des chalumeaux, mais accompagnent aussi l’essor de l’automobile avec leurs phares à acétylène. « Rois des phares, phares des rois », assure leur réclame en 1908.
Publicité pour les phares BRC (1908)
Les deux dirigeants font fortune. Alfred Boas dispose d’un hôtel particulier à Paris et d’une villégiature à Montmorency. Il a ses entrées au parti radical. Il marie sa fille aînée, Claire, au journaliste Henry de Jouvenel (leur fils Bertrand sera lui aussi un journaliste fameux), et sa cadette, Suzanne, à l’architecte Emmanuel Gonse.


Après la mort d’Alfred Boas en 1909, Camille Rodrigues-Ely reste aux commandes boulevard de Charonne, et s’associe à son tour à un autre ingénieur, M. Gauthier. La maison devient donc Rodrigues Gauthier & Cie, mais la marque des phares demeure BRC, pour Boas Rodrigues & Cie.


Camille Rodrigues meurt à son tour en 1922. L’usine de phares et lanternes laisse alors la place à une usine électrique, qui sort de terre entre 1926 et 1929. Face à l’explosion de l’utilisation de l’électricité dans la capitale, les centrales de Saint-Ouen et Issy-les-Moulineaux ne suffisent plus. La Compagnie parisienne de distribution d’électricité (CDPE), ancêtre d'EDF, choisit donc de construire dans Paris deux nouveaux postes de transformation importants, à Nation et Tolbiac, afin de faire venir du courant produit plus loin de la ville. Le poste Nation, boulevard de Charonne, reçoit ainsi de l’électricité à 60.000 volts et l’abaisse à 12.000 volts. Mis en service en 1930, il alimente les sous-stations et centres de répartition du réseau parisien.
Haut de 24 mètres, ce bâtiment de deux grands étages est aujourd’hui toujours aussi impressionnant, avec sa grande nef de béton parée de petites alvéoles. Depuis sa mise à l’arrêt dans les années 1990, le poste a été vidé de ses transformateurs, disjoncteurs et autres régulateurs. Au rez-de-chaussée, le chariot électrique sur rail a également été enlevé. Le lieu est maintenant prêt pour une nouvelle aventure. 
Le projet immobilier retenu pour
le 63, boulevard de Charonne. A droite, le poste Nation.
(agence Brossy & Associés)


Vue du poste électrique Nation (décembre 2011)

Derrière le 63 boulevard de Charonne,
les travaux ont commencé (décembre 2011)
A l'intérieur du bâtiment, vue sur une porte monumentale (juillet 2013) 

samedi 3 septembre 2011

37, rue du Louvre, le vaisseau amiral de la presse

Août 2011 (couleurs légèrement retouchées)
   Ce fut le vaisseau amiral de la presse. Le plus imposant, le plus moderne, le plus chic des immeubles abritant des journaux à Paris. Des milliards d'exemplaires en sont sortis. Il est toujours là, au 37 rue du Louvre, comme un paquebot prêt à fendre les flots parisiens. Mais plus aucune machine à écrire n'y crépite, plus aucune rotative n'y tourne. Plus jamais n'y retentit le fameux "à la...", l'hymne des typographes qui s'entonne un verre à la main. Le dernier journal a quitté les lieux en 2005, laissant la place à des bureaux et à une banque. Un signe des temps. 


L'immeuble à l'époque de Paris-Soir, 
dont on devine le nom en lettres claires
au milieu de la façade
Le bâtiment, sorti de terre à partir de 1932, est né de l'association de deux grandes familles industrielles du Nord, les Prouvost et les Béghin. Les premiers ont fait fortune dans la laine, les seconds dans le sucre et le papier. Mais la laine ne suffit pas à Jean Prouvost. En 1924, il reprend un premier petit quotidien en perte de vitesse, Paris-Midi, qu'il redresse en quelques années. Il récidive en 1930 avec Paris-Soir, dont il fait un très grand succès. En trois ans, le tirage passe de 60.000 à... 1 million d'exemplaires par jour ! Pour poursuivre cette aventure, Jean Prouvost fait alors entrer dans l'affaire Henri et Joseph Béghin, ses fournisseurs de papier. Et lorsque Prouvost juge nécessaire de regrouper ses différents journaux dans un nouvel immeuble, ce sont les Béghin qui se chargent de le construire. Ils choisissent un emplacement occupé précédemment par un bloc de bâtiments assez vétustes, à l'angle des rues du Louvre et du Mail. Au coeur du quartier de la presse. 


La construction est confiée à deux architectes, Fernand Leroy et Jacques Cury. Ils conçoivent un navire de 13 étages qui tient à la fois de l'usine et de l'immeuble de bureaux. Une usine à ossature d'acier cachée dans un "building" à la façade de pierre. C'est l'une des premières fois, alors, que des journaux sont imaginés, rédigés et imprimés en un même lieu. 


Sous terre, reposant sur un épais socle de béton, l'usine, ou plutôt les usines : une centrale électrique et un moteur Diesel sont installés au quatrième sous-sol ; ils alimentent les puissantes rotatives situées juste au dessus. C'est là aussi que sont entreposés les stocks de papier. Tout cela est invisible depuis la rue. 
Au rez-de-chaussée, un vaste hall d'entrée décoré de caissons lumineux et de grands bas-reliefs (Vesper pour Paris-Soir et Meridies pour Paris-Midi), des salles pour la réception des bobines de papier et pour l'expédition des journaux. Les services techniques, les ateliers de composition, la cantine sont situés aux étages intermédiaires, éclairés par des verrières. Plus haut, dans les étages en retrait, se trouvent les rédactions de Paris-Midi et Paris-Soir, les bureaux. Celui de Jean Prouvost, luxueux, est au cinquième. Au sommet, le tout-Paris fréquente la salle de réception, la salle à manger, le bar et le jardin-terrasse avec sa fontaine. Plusieurs ascenseurs et monte-charges, présentés comme des signes de la modernité des lieux, permettent d'aller de l'imprimerie aux bureaux en passant par le "marbre".


Un exemplaire de Paris-Soir 
écrit et imprimé rue du Louvre (4 septembre 1939)
Arrivés en avril 1934, Jean Prouvost et ses équipes profitent quelques années du "vaste hôtel particulier tout blanc, percé de larges baies" décrit peu après l'inauguration par Pierre Lazareff, le directeur de la rédaction de Paris-Soir. Titre-phare de la presse populaire, illustré -c'est assez neuf-  de nombreuses photos, accueillant les signatures de Kessel, Cendras, Saint-Exupéry, Albert Londres, Cocteau, Simenon, etc., le quotidien est alors en pleine expansion. Au point qu'il faut rapidement construire une nouvelle imprimerie, rue des Petites-Ecuries. En 1940, le journal frôle les 2 millions d'exemplaires par jour. 


La guerre ruine tout cela. A partir de l'été 1940, Jean Prouvost quitte la capitale, laissant les locaux déserts. Paris-Soir passe aux mains des Allemands. De Lyon, en zone libre, Prouvost lance son propre Paris-Soir. Mais à la Libération, les deux quotidiens qui se disputaient le même titre disparaissent, et Jean Prouvost ne parvient pas à récupérer l'immeuble. Dès le 20 août 1944, alors que les combats font rage dans Paris, des journalistes résistants et des FFI occupent l'immeuble. 


Une nouvelle vie débute alors pour le 37, rue du Louvre, qui, pendant une dizaine d'années, devient le fief de la presse de gauche. Au sous-sol sont désormais imprimés des titres tels que Libération et Front National, et des  journaux communistes comme L'HumanitéCe Soir, dirigé par Aragon, ou encore Les Lettres françaises. En 1953, à la mort de Staline, la façade est drapée d'un immense voile noir orné d'un portrait du "petit père des peuples". 


L'Humanité quitte les lieux en 1954. Paris-Presse puis Paris-Jour lui succèdent. Mais la SIRLO, la Société d'Imprimerie de la Rue du LOuvre, a besoin de rentabiliser ses machines. En même temps que Paris-Jour, elle imprime Candide et Le Figaro, dont la rédaction est alors au rond-point des Champs-Elysées. 


Le sous-sol où se trouvaient les rotatives
Cette période dure jusqu'à l'achat du Figaro par Robert Hersant qui, dès l'année suivante, en 1975, transfère la rédaction rue du Louvre. L'immeuble devient alors, pour une trentaine d'années, le siège du Figaro ; il abritera aussi France-Soir dans les années 1990. Au bout de trois ans, cependant, l'imprimerie quitte Paris pour la Seine-Saint-Denis. Et en 2005, la rédaction, les photographes, les sténos, les maquettistes, etc., partent à leur tour, l'immeuble étant repris par une société foncière, Gecina


De la grande aventure des journaux dont cet immeuble a été le théâtre et l'emblème, ceux qui visitent les lieux à cette époque ne retrouvent plus grand chose. Un bâtiment qui fut somptueux. Une odeur de graisse dans la salle des rotatives. Et quelques affiches de la CGT, froissées : "Non aux fossoyeurs de l'imprimerie"


A lire sur le sujet : "37, rue du Louvre, de Paris-Soir au Figaro", par Agnès Chauvin.