dimanche 1 avril 2012

Les billards du boulevard Voltaire

La façade du 252 boulevard Voltaire avec ses inscriptions (mars 2102)
252 boulevard Voltaire, 75011. Métro : Rue des Boulets.

   Faites vos jeux, rien ne va plus ! Au 252 boulevard Voltaire, la façade annonce la couleur. "Jeux", "Billards", "Jetons", "Installation complète de cercle et de casino", "Installation complète d'académie et de salle de billards", indiquent les plaques qui ornent ce bel immeuble industriel en briques.

Pas de maldonne. Lorsqu’il a été construit en 1907 par l’architecte L. Morgand, ce bâtiment comptant deux grands étages était voué non au monde du jeu, mais à l’ameublement. Dans l’est parisien, cette industrie n’est pas strictement cantonnée au faubourg Saint-Antoine. Témoins, aux alentours, les usines et ateliers de la rue de Charonne, de la rue de Lappe, de la Cité de l’Ameublement, ou encore de cette portion du boulevard Voltaire. Le 252 a été bâti pour Marcel Flamencourt, industriel du meuble dont on sait peu de choses, sinon qu’il lui arrivait de rouler trop vite : en 1926, il renverse en voiture un marbrier qui passait sur son chemin. Ce dernier meurt en arrivant à l’hôpital.

Dix ans plus tard, en 1936, la fabrique de meubles, passée entre temps aux mains d’un autre Flamencourt, Henri-Alphonse, fait faillite.

On retrouve alors dans les lieux la société Caro, un fabricant de meubles un peu particuliers: les tables de billards. La maison, qui fait remonter sa fondation à 1816, se flatte notamment d’avoir exécuté un luxueux billard pour l’empereur du Japon Hirohito, et un autre pour Sacha Guitry. Son patron, Georges Caro, est l’auteur d’un Manuel officiel et pratique des jeux de billard (1904), préfacé par Ernest Monin, un médecin hygiéniste qui aime s’amuser: il a fréquenté le Chat Noir, le club des Hydropathes et celui des Hirsutes...

Billard Caro réalisé pour l'empereur Hirohito

Boulevard Voltaire, les ouvriers assemblent les pièces d'acajou, 
polissent le bronze, ajustent le feutre. Au-delà des billards, l’entreprise se diversifie dans tout le matériel de casino : roulette, black-jack, chemin de fer, etc. C’est Paris, Texas ! 

La désindustrialisation s’effectue en deux temps. A la fin des années 1960, la fabrication est transférée à Vierzon, dans le Cher, le site parisien gardant un rôle commercial. Puis en 2005, Caro, resté le seul fabricant de jeux de casino "made in France", est acheté par le groupe Tranchant, qui exploite une quinzaine de casinos. Trois ans plus tard, celui-ci ferme l’usine de Vierzon, invoquant la concurrence du jeu sur Internet et la crise qui fait fléchir la fréquentation des casinos. La marque Caro est cependant conservée
Le bel immeuble du boulevard Voltaire, lui, est désormais occupé par des appartements et une banque, le Crédit coopératif. 

Le manuel de billard de Georges Caro
(réédition des années 1950)
Détail de la façade (mars 2012)
A découvrir aussi boulevard Voltaire : l'histoire des liqueurs Cusenier. 
 

2 commentaires:

  1. très beau modèle..Ne vous faites table convertible aussi. S'il vous plaît dites-moi vos modèles . J'ai vu quelques modèles de tables de billard Chevillotte sur.

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  2. Billard Caro à vendre ayant appartenu à Auguste RENOIR ! https://www.leboncoin.fr/ameublement/1018213530.htm

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