mardi 27 décembre 2011

L'usine électrique de la rue des Dames

La façade du 53, rue des Dames (décembre 2011)

   Superbe façade que celle de l’usine électrique située 53, rue des Dames. Tout en haut, un fronton néoclassique décoré de panneaux de céramique brune et précisant la date de construction : "Anno 1890". Juste en dessous, à gauche et à droite, les pilastres sont surmontés d’éclairs sculptés dans la pierre blanche, pous symboliser l’énergie électrique. Les trois premiers niveaux, enfin, sont bâtis en pierre de taille, mais laissent apparaître une structure métallique. A noter, le nom des architectes inscrits sur le pilastre de gauche : Jules Denfer et Paul Friese.

Si la grande porte de gauche est ouverte, n’hésitez pas à risquer un œil. Joliment carrelée en blanc et rouge, vous  découvrirez l’entrée de l’ancienne usine. A l’origine, le charbon utilisé pour faire chauffer l’eau des chaudières et produire l’électricité arrivait par ici : "les voitures chargées de charbon entrent à reculons sur le pont à bascule placé à côté de la loge du concierge ; la pesée faite, le charbon est versé dans le sous-sol par une trappe",  indique Henri Maréchal dans L’Eclairage à Paris en 1894, trois ans après l’inauguration.

Le bâtiment donnant sur la rue des Dames était en fait réservé aux bureaux. La salle des machines était derrière, dans un grand hall de 57 mètres de long invisible depuis la rue. Puis se trouvait une cheminée de près de 50 mètres de haut, et derrière encore, la salle des chaudières, en sous-sol. L’ensemble était conçu pour "assurer le service de 45.000 lampes à incandescence de 10 bougies", et alimenter les quartiers des Epinettes, de Batignolles, de la Plaine-Monceau, de l'Europe, du Roule, de la Madeleine, des Grandes-Carrières et de la Chaussée-d'Antin.

A partir de 1900, la Société d'éclairage électrique du secteur de la place Clichy, l’une des six sociétés privées qui fournit alors la lumière à Paris, modifie les installations pour pouvoir non seulement produire de l’électricité, mais aussi transformer sur place en courant continu le courant triphasé venu de centrales situées en banlieue, notamment à Asnières. Très vite, la rue des Dames se cantonne d’ailleurs à ce rôle de transformation : l’usine électrique devient une simple sous-station. C’est ce qui ressort notamment des articles publiés en novembre 1916, lorsqu’un incendie ravage les sous-sols de l’endroit, plongeant dans le noir une partie de Paris, dont l’Elysée, où l’on est obligé de rallumer des lampes à huile.

Depuis, l’usine a disparu, de même que la haute cheminée. Mais la façade témoigne de ces débuts de l’électricité à Paris. Elle est protégée au titre des monuments historiques depuis 1992.

A l'intérieur du 53 rue des Dames

Le plan de l'usine à sa création en 1891


Sur le mur du 53 rue des Dames,
plaque à la mémoire du FFI André Calmel


A lire aussi à propos de cet immeuble : Marie Françoise Laborde, Architecture industrielle, Paris et alentours, Parigramme, 2003. 

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