samedi 17 décembre 2011

L’usine fantôme de l’Opéra

La salle des machines à vapeur dans les sous-sols de l'Opéra (Extrait des Merveilles de la science, 1887) 
   "Il est fâcheux que les caves de l’Opéra ne soient guère visitées par le public", regrettait son architecte Charles Garnier, en vantant "ces immenses arceaux qui se suivent, s’accompagnent ou se rencontrent, ces grandes piles en pierre, ou ces murs robustes qui soutiennent les larges voutes" - sans oublier l’impression "de solidité, de puissance et de grandeur" qui se dégage de l’ensemble (Le Nouvel Opéra de Paris, 1880).

Les privilégiés admis dans les sous-sols peuvent effectivement admirer ces fondations, ainsi que le fameux lac artificiel (une cuve maçonnée remplie d’eau, en fait) où ont vécu des générations de carpes et où s’entraînent parfois les hommes-grenouilles des sapeurs-pompiers. Mais à une époque, ils auraient découvert dans ces fameuses caves une usine. "Une gigantesque usine de production d’électricité", rapporte avec emphase Henri de Parville dans le « Journal des débats politiques et littéraires » du 16 juin 1887. « On pourrait presque avancer que, si l’Opéra est le palais de l’art musical, il est aussi devenu le palais de l’industrie électrique. Pendant que la foule applaudit nos artistes dans la salle, les machines les plus perfectionnées travaillent silencieusement dans le sous-sol, comme dans une des plus grandes usines du monde, et engendrent des quantités d’électricité dont l'imagination la plus hardie ne se serait certainement pas fait l'idée, il y a quelque dizaines d'années à peine. »

En 1888, quelques années après son inauguration, l’Opéra est l’un des premiers établissements parisiens à expérimenter l’éclairage à l’électricité. Les 8.000 becs de gaz sont remplacés par 6.000 lampes à incandescence et quelques lampes à arc. Toutes sont alimentées par cinq énormes « chaudières Belleville » installées dans les sous-sols par la compagnie Edison. L’eau vient en partie d’un puits creusé pour l’occasion. Une cheminée de 39 mètres de hauteur est placée dans une cour intérieure pour évacuer la vapeur. 
A l’époque, « c’est la plus belle des installations électriques des théâtres du monde entier », applaudit Louis Figuier dans Les Merveilles de la science. L’usine fournit également du courant au Cercle militaire alors situé à deux pas.

Rapidement, pourtant, l’action des fumées sur la pierre se fait sentir. Et en 1903, on parle déjà au passé de l’usine d’électricité logée dans les sous-sols de l’opéra Garnier. 

Une vue du sous-sol dans son état actuel (2006)

1 commentaire:

  1. Selon le guide d'une visite de l'Opéra Garnier l'an dernier (mais uniquement du rez de chaussée et des étages), le "lac de l'Opéra" est la solution trouvée par Garnier et son équipe pour stabiliser la nappe souterraine qui avait commencé par engloutir les premiers travaux de terrassement. Ce bassin serait depuis quelques années vidé de ses poissons, involontairement tués par un détail de mise en scène: un ballet organisé sur la scène comportait un rideau d'eau permanent que les danseuses devaient régulièrement "essuyer", et, pour le confort et la santé des artistes, l'eau était chauffée - mais de l'eau tiède ou chaude favorise les moisissures, si bien que pour éviter ces dernières, un désinfectant chimique fut ajouté, fatal lors de son écoulement à la mystérieuse faune aquatique du sous-sol...

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