vendredi 1 février 2013

Le Rond-Point des Champs-Elysées et sa fabrique de glace

Le théâtre dans son état actuel (photo du site Paris 1900)


2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt
Métro Franklin D. Roosevelt ou Champs-Élysées Clemenceau


Des vingt arrondissements parisiens, le huitième est le moins industriel de tous. 
Sur les quelque 3800 établissements "dangereux, insalubres ou incommodes" recensés par l'administration dans le Paris de 1895, seuls 22 sont situés dans cet arrondissement bourgeois et festif. Encore s’agit-il pour la plupart d’activités de type agricole (des "vacheries") ou artisanales (serrurerie, torréfaction de café…). Deux exceptions notables : une fabrique de liqueurs, rue de Ponthieu, et un atelier de réfrigération alimentant la patinoire du rond-point des Champs-Elysées.

Au fronton du théâtre subsiste le nom Panorama
(photo du site Paris 1900)
Ce dernier lieu existe toujours : il s’agit du théâtre du Rond-Point. Le bâtiment date de 1860. Il a été construit pour abriter un de ces « panoramas » en vogue à l’époque : de vastes peintures sur toile étaient accrochées aux murs d’une rotonde, donnant aux visiteurs l’impression de se trouver au cœur d’une bataille ou d’un paysage. 

En 1893, la mode des panoramas déclinant, la rotonde est transformée en Palais de glace. C’est l’une des premières patinoires ouvertes à Paris. "La plus vaste piste du monde pour patinage sur vraie glace", assure la publicité. "Une pastille de menthe monumentale, couverte de sciure de glace", dira plus tard Jean Cocteau.



Pour fabriquer cette glace, une petite usine frigorifique est installée en sous-sol. Trois compresseurs y sont actionnés par des moteurs à gaz, "la production de la vapeur au moyen de la houille étant complètement prohibée dans les Champs-Elysées", ainsi que l’indique Pierre Berthot, l’ingénieur en charge des travaux - pas question que la fumée du charbon ternisse l'éclat de la "plus belle avenue du monde"... 
Les machines fonctionnent jour et nuit, pour fournir 2000 kilos de glace par heure. L’installation produit aussi l’électricité nécessaire à l’éclairage. 

Coupe du Palais de Glace avec la salle des machines au sous-sol (1893)

Patinoire, mais aussi salle de spectacles, le Palais de glace sera l’une des attractions les plus réputées de Paris pendant des décennies. Jusqu’aux années 1980, où Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud le métamorphosent à nouveau, pour en faire le théâtre qu’il est toujours.
Affiche de Jules Chéret
pour le Palais de Glace (1896)

Carte postale représentant l'entrée du Palais de glace (sans date)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire