dimanche 5 juin 2011

Boulevard Voltaire, les liqueurs Cusenier

Au 226, boulevard Voltaire, une imposante porte en fer forgé, surmontée d'un nom gravé en majuscules dans la pierre: Cusenier. C'est celui d'une entreprise de liqueurs, en particulier d'absinthe, créée en 1857 à Ornans, dans le Doubs, par Eugène Cusenier. La maison se développant, son fondateur installe ici, en 1871, une usine pour répondre à la consommation parisienne. Le bâtiment devient également le siège de la société en même temps qu'un magasin de vente.
En 1878, un permis de construire est accordé pour des magasins, écuries et logements.

Dans les années suivantes, c'est dans l'immeuble du boulevard Voltaire que se tenaient les assemblées générales de la Société Anonyme de la Grande Distillerie E. Cusenier fils aîné et Cie.

Comme on le voit dans la gravure ci-dessous, l'usine comporte essentiellement un grand hall central entouré d'une galerie faisant balcon, à laquelle on accède par des escaliers. Au fond se trouve la salle de distillation ; latéralement, le lavage des bouteilles. On fabrique sur place des spiritueux et des liqueurs, mais aussi des sirops, des grogs, des punchs, et même de l'eau de Cologne et de l'eau de mélisse. 

L'usine du boulevard Voltaire à la fin des années 1870 (gravure d'époque)
En 1879, Turgan consacre à Cusenier un des volets de sa vaste étude sur les grandes usines de France. Le texte décrit avec emphase un dirigeant typiquement paternaliste: "Depuis vingt-deux ans, toujours sur la brèche", Eugène Cusenier "a élevé autour de lui quatre frère et attaché ses trois beaux-frères à ses opérations, s'entourant de sa famille et lui confiant les postes les plus importants, s'occupant de son personnel avec des soins constants, continuant la solde de l'employé malade, le faisant soigner à ses frais, et pour éviter à ses agents des tentations de détournement, leur faisant distribuer, à certains moments de la journée, gratuitement, les diverses consommations qu'ils peuvent désirer. Reconnaissants de cette sollicitude, les employés et ouvriers de M. Cusenier lui ont offert son buste en bronze, oeuvre remarquable du sculteur Chapu."

La porte en fer forgé (juillet 2011)

En 1897, juste avant les fêtes, Le Figaro et Le Matin publient le même texte vantant les mérites de l'entreprise: "Depuis que, grâce aux produits Cusenier, l'usage des liqueurs, au sein des familles, s'est développé au point qu'une table ne peut être considérée comme bien servie si l'on n'y fait suivre le dessert de toute la gamme des Peach-Brandy, Extra sec Curaçao, Menthe glaciale, Prunelle, Fine Champagne de la Couronne, etc., qui ont fait la réputation de cette maison, il n'est pas de cadeau plus utile, ni de mieux accueilli partout, que l'un de ces gracieux paniers fleuris et enrubannés que la Grande Distillerie Cusenier vend tout remplis de ses exquises préparations. Des articles tout nouveaux sont mis en vente, cette année, au 226, boulevard Voltaire, et dans les meilleures maisons de comestibles."


Grâce à ses efforts promotionnels pour présenter son "absinthe oxygénée" comme bonne pour la santé, et surtout à la diversification de sa gamme, l'entreprise résista aux attaques des ligues anti-alcooliques contre l'absinthe, puis surmonta son interdiction en 1915. L'amère "fée verte" rend "fou et criminel, fait de l'homme une bête et menace l'avenir de notre temps", assuraient les ligues, visant les produits de Cusenier, mais aussi de Joanne, Junod ou encore Pernod.


Cusenier quitta le boulevard Voltaire en 1925, mais la société poursuivit son activité dans d'autres sites. Elle fut absorbée en 1975 par le groupe Pernod-Ricard.
L'immeuble est actuellement occupé par la Société du Grand Paris.


(Document publié dans la Revue des vins en 1882)
L'immeuble Cusenier (mars 2012)

1 commentaire:

  1. Je découvre votre site et je compte bien le suivre régulièrement. Bravo.

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