dimanche 7 août 2016

Rue d’Avron, le dernier vestige d’une cour industrielle

L'enseigne au 42 rue d'Avron (juillet 2016)

42 rue d'Avron 
Métro : Buzenval 

Rue d’Avron, au numéro 42, le porche est surmonté d’une vieille enseigne, en lettres blanches sur fond rouge sang-de-bœuf : 

« FABRICATION & REFECTION de TAPISSERIE-LITERIE. 
Style. MAISON MOSCA. Moderne
DESSUS de LITS. au Fond de la cour à droite. DOUBLE-RIDEAUX ».

Il faut entrer. La lourde porte une fois passée, apparaît une longue cour, et tout au fond, un petit bâtiment industriel surmonté d’une verrière et d’une frêle cheminée. Sur la droite, une volée de marches, et l’on se trouve nez à nez avec l’ancien atelier Mosca.

L'entrée de la cour (juillet 2016)

La Maison Mosca a été liquidée par le tribunal de commerce de Paris le 3 mai 2016

Cette fabrique de literie et de tapisserie était le dernier vestige professionnel d’une cour à mi-chemin entre l’artisanat et l’industrie typique de certains quartiers populaires parisiens, et désormais occupée presque exclusivement par des logements.

Au fond de la cour, un petit bâtiment industriel et, sur la droite, l'atelier Mosca (juillet 2016)
Un fondeur, Bonissent et Cie, est implanté sur place dès 1883. On y trouvera ensuite de l’ébénisterie, des déménageurs, et même à la fin des années 1920 un des premiers fabricants de postes de radio, Lux-Radio (« Tous les appareils marque Lux-Radio sont garantis comme réception, construction, puissance, pureté, sélectivité et sensibilité », assure la réclame en 1927). Tout cela cohabitant avec des appartements, une consultation départementale de nourrissons avec distribution de lait stérilisé, un foyer de vieillards, ou encore, vers 1938, le siège de l’harmonie franco-italienne Giuseppe-Verdi.

Courrier des Etablissements Poncet & Milon (avril 1918) 
Mais la principale activité, dès 1901 et au moins jusque dans les années 1950, est celle d’une entreprise de confection appelée A. Poncet, puis Milon Grymonprez, puis Établissements Poncet & Milon, enfin Milon, Thélot & Cie, au fil des changements d’associés. Des mouvements capitalistiques et familiaux tout à la fois : la fille du fondateur Albert Poncet, Jeanne-Marie, épousera Jules-Léon Milon. 

A la fin des années 1910, le dessin gravé en tête des factures de Poncet & Milon montre une imposante fabrique dont le siège se situe aux 40 et 42 rue d’Avron, mais qui occupe en réalité tout un quadrilatère, et dispose d’une annexe à côté, aux 5 et 7 rue des Grands-Champs. De cette double manufacture fière de ses grosses cheminées fumantes sort toute une série d’articles pour dames et enfants : jupes et jupons, tabliers, capuchons pour fillettes, blouses, corsages, chemises, peignoirs, etc. 

Durant la seconde guerre mondiale, la cour du 42 rue d’Avron n’est pas épargnée. « En raison de son état de santé », Justin Jacques Lévy, alors l’un des associés de l’entreprise de confection, cède opportunément ses parts en novembre 1940 à ses partenaires Jules Milon, Robert Milon et Georges Thélot. C’est de force que les dirigeants juifs des autres sociétés de la cour – Société Parisienne d’Ameublement, Société Parisienne d’Ebénisterie, déménagements Confort Transport – sont écartés en 1941, 1942 et 1943, et remplacés par des administrateurs provisoires désignés par le régime de Vichy.


Courrier de la Société Parisienne d'Ebenisterie (1947)  

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