vendredi 10 avril 2020

La Biscuiterie Gauloise à deux pas de la Nation

Une boîte de la biscuiterie, avec le coq gaulois pour emblème 

22 passage Dumas
Métro : Rue des Boulets 

La Biscuiterie Gauloise était installée à la fin du 19e siècle au fond du petit passage Dumas (l’ancienne impasse des Jardiniers), à quelques pas du boulevard Voltaire et de la place de la Nation. 

A mi-chemin entre l'artisanat et l'industrie, elle exposait à l’Exposition Internationale Universelle de 1900. Le Catalogue Général Officiel de l’exposition permet de découvrir les biscuits produits à l’époque : « gaufrettes aux fruits à la vanille, au chocolat praliné vanillé, biscuits, desserts fins, etc. ». L’entreprise est alors aux mains d’un dénommé S. Klein, et le reste au moins jusqu’à la première guerre mondiale. Son numéro de téléphone est ROQ 18.64. 

Le 22, passage Dumas en 2019 (photo Google Maps)

Fidèle à son nom, la société a pour emblème un fier coq gaulois. C'est lépoque, celle de la troisième République, où le mythe gaulois triomphe. Les Gaulois obtiennent le statut d’ancêtres officiels des Français,  et tout devient gaulois : le journal Le Gaulois est créé en 1868, l’Élixir Gaulois et le cacao Andrés Le Gaulois font lobjet de publicités dans les années 1890, les cigarettes Gauloises sont lancées en 1910...


Dans l'annuaire Firmin-Didot de 1896
Pour promouvoir ses produits, la Biscuiterie Gauloise n’en joue pas moins aussi la carte de la modernité. Ses boîtes sont décorées d’images de boxeurs ou de rugbymen, ou encore d’un paysage dans lequel vole un avion monoplan inspiré du Blériot XI.  

Une boîte de la Biscuiterie Gauloise décorée d'un monoplan inspiré Blériot XI.

Scène de boxe sur une boîte de la Biscuiterie Gauloise

Dans les années 1920, la biscuiterie poursuit un actif développement. Elle recrute des représentants de commerce pour développer ses ventes dans les différentes régions de France. Elle dépose au tribunal de commerce plusieurs marques et recettes, toutes gauloises : Meringue Gauloise, Croquette Gauloise ou encore Macaron Gaulois.


Scène de rugby sur une boîte de la Biscuiterie Gauloise

En 1923, l’entreprise change de propriétaire. Les héritiers Wahl vendent la biscuiterie à un certain Kluser. Deux ans plus tard, elle est reprise par Charles Welfling.

Ce dernier est né à Paris en 1874 d’une famille juive allemande établie à Amsterdam à la fin du 18e siècle et dont plusieurs membres émigrèrent à Paris vers 1850. Il est orphelin de père à 11 ans. Il étudie à l’École Commerciale de la Chambre de Commerce de Paris, l’une des plus anciennes écoles de commerce française, créée en 1863. D’une famille d’entrepreneurs, il crée différentes sociétés. En particulier une affaire d’import-export de graisses industrielles, active après la première guerre mondiale. Cette société est mentionnée dans les archives du tribunal de commerce de Marseille. Le différent concernait l’indemnisation par des compagnies d’assurance d’une cargaison importée des États-Unis et perdue lors du naufrage du navire qui la transportait.

Triple portrait de Charles Welfling
(photomontage des années 1920, coll. part.). 
Charles Welfling avait aussi proposé et fait breveter en 1912 un système de sémaphores pour réguler la circulation automobile, l’ancêtre des feux tricolores. Ce système est mentionné dans un rapport du conseil municipal de Paris de 1921.

La Biscuiterie Gauloise, dont Charles Welfling avait confié la gérance à son épouse Marguerite Jais en 1938, disparaît pendant la seconde guerre mondiale. 

Un administrateur provisoire est nommé en juin 1941 à la tête de la maison dans le cadre des lois d’aryanisation. Les moyens de production et le fonds de commerce sont alors progressivement liquidés.

Par Jean-Pierre Merx, petit-fils de Charles Welfling. 

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