vendredi 16 mars 2012

A Belleville, les chaussures Andromaque

Derrière le 53, rue Piat (mars 2012)
53 rue Piat, 75020 Paris. Métro : Pyrénées.

   Rue Piat, à côté du parc de Belleville, un coup d’œil dans l’atelier de Brigitte Valin permet non seulement d’admirer les personnages de cire, de bronze ou d’argile qu’elle sculpte, mais aussi d’imaginer la petite entreprise de chaussures qui se trouvait là dans l’entre-deux-guerres. L’actuel atelier, sur rue, était le local de vente des chaussures. La fabrication s’effectuait à l’arrière de l’immeuble, dans un bâtiment auquel deux étages avaient été ajoutés pour ce faire au milieu des années 1920.

Une vingtaine d’ouvriers s’activaient sous la houlette du patron des Chaussures Andromaque, un Grec d’Asie mineure appelé Christo Çelebioglou mais inscrit sous le nom de Christo Tchélébidès à son arrivée en France, en 1910. Le patronyme fut encore transformé lorsque Kléanthis, le fils de Christo, après avoir tâté de la chaussure à son tour, devint écrivain, et se renomma pour l’occasion Clément Lépidis. "
La fabrique paternelle occupait deux étages d’une petite maisonnette en bois, raconte celui-ci dans son récit Des dimanches à Belleville (ACE éditeur, 1984). On y accédait par un escalier branlant donnant accès à un palier encombré de boîtes à chaussures empilées jusqu’au plafond."

Belleville constituait alors l’un des principaux centres français de la chaussure, avec Romans, Limoges et Fougères. Le quartier était dominé par deux grandes usines : Monteux, avenue Simon-Bolivar, et Dressoir, rue du Général-Lasalle. Mais à côté de cette production industrielle existaient des dizaines et des dizaines d’ateliers, parfois minuscules, dont les modèles plus ou moins luxueux étaient vendus par des détaillants de toute la France. Il y avait Lubliner rue Bisson, Maurice Arnoult rue de Belleville, les chaussures JL de Germaine Sieger qui employèrent jusqu'à 15 personnes rue de la Mare, et tant d'autres. Des Arméniens, des juifs polonais, des Italiens, etc., au fur à mesure des vagues d'immigration. 

L'atelier de la rue Piat "se composait d’une grande pièce où travaillaient les monteurs, les finisseurs et le coupeur, sa table face à la fenêtre, à l’endroit de la meilleure lumière pour qu’il puisse distinguer un éventuel détail de la peausserie, raconte Clément Lépidis. La maillocheuse se tenait à l’endroit où l’on stockait les boîtes. Le brocheur occupait la plus mauvaise place : un rez-de-chaussée privé de la lumière du jour." Les machines étaient rares. Toutes les taches ou presque s’effectuaient à la main, dans l’odeur du cuir et le doux tap-tap des marteaux.

La façade sur rue du 53, rue Piat (mars 2012).
L'actuel atelier de sculpture était un point de vente
des chaussures Andromaque.
La couverture du récit de Clément Lépidis
dans lequel il évoque la rue Piat 

2 commentaires:

  1. Ce fut aussi dans cet immeuble qu'eu lieu la rafle de plus de 40 personne d'origine juive au cours de la rafle du Vel' d'Hiv.Elles ne revinrent jamais.Ce fait historique est relaté par Clément Lépidis. Il évoque le cas d'une femme enceinte qui fut découverte cachée dans des toilettes. Un policier lui demanda de combien de mois: 6 fut la réponse . Elle fut emmené: seule les femmes enceintes de plus de 7 mois n'étaient pas déportées.
    Aucune plaque n'apparait sur l'immeuble.

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    1. Merci pour cette précision, pas tout à fait un détail de l'histoire...

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