jeudi 7 juin 2012

Une teinturerie en béton armé


Le 94 rue Saint-Charles vers 1910
Le 94 rue Saint-Charles en 2010

94 rue Saint-Charles 75015
Métro: Charles Michels 
Il suffit de comparer les deux photographies: en un siècle, la façade du 94, rue Saint-Charles n’a pratiquement pas bougé. Une boutique de chaussures a juste remplacé la teinturerie Mars. Derrière cet immeuble bourgeois datant de 1890, les bâtiments industriels qui faisaient de cette teinturerie une véritable usine ont, eux, hélas disparu. 

L'usine Mars en 1906
photographié pour le journal "Le Béton armé"
(l'adresse 14, rue Saint-Charles est erronée) 
En 1905, lors de l’agrandissement de son atelier, Auguste Mars et son associé Tixador avaient pourtant fait construire par les architectes Henri Audiger et Joachim Richard plusieurs immeubles audacieux, entièrement en béton armé et en brique, très modernes pour l’époque.
Le rez-de-chaussée du bâtiment principal était occupé par un atelier de teinturerie comportant notamment une machine à vapeur pesant 7.000 kilos, et destinée à actionner les pompes et autres appareils mécaniques. Au dessus, les trois étages accueillaient d’énormes réservoirs d’eau froide et chaude, d’une contenance totale de 330.000 litres. "L’accès aux différents étages du bâtiment est assuré par un escalier extérieur dont la cage, largement ajourée, n'est pas dénuée de légèreté", ajoute la revue "Le Béton armé" en 1906.

Chef d’entreprise, Auguste Mars était un notable. Il fut adjoint au maire du 15e arrondissement, et présida le conseil d’administration du tramway de Plessis-Trévise. Dans ce village de banlieue, il se fit construire une villa, dite "villa Sans-Gêne", pour laquelle il choisit cette fois un grand classicisme. Pierres de taille et meulière. Le parc abritait des serres, une roseraie, une volière, des paons… Elle fut achetée en 1953 par l’Abbé Pierre pour y établir la première communauté de femmes Emmaüs, qui s'y trouve toujours.

2 commentaires:

  1. Curiosités suscitées par cette édition de votre blog toujours aussi passionnant: 1) sur la photo de 1910, on peut supposer que le véhicule à droite fait partie de la teinturerie & qu'il est exposé en même temps que le personnel comme "image de marque"? 2) si l'usine a disparu, peut-on savoir quand et ce qui l'a remplacée: un ou des immeubles d'habitation? 3) plus généralement, envisageriez-vous un jour un article de synthèse sur la façon dont vous menez votre enquête et les sources documentaires ou humaines dont vous tirez parti?

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    1. Merci de votre commentaire et de votre curiosité.
      1)j'ai le même sentiment que vous quant à la photo de 1910 et au véhicule, qui marque lui aussi la modernité de l'entreprise;
      2)je n'ai pas (encore) réussi à connaître la date de destruction de l'usine, je suppose qu'elle a été remplacée par les immeubles d'habitation voisins du 94;
      3)vous avez raison, un article sur le "making of" de ces enquêtes mériterait d'être écrit. Je vais m'y atteler.

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