dimanche 5 février 2012

A la Bastille, l’Attila des punaises

Image d'Epinal à la gloire de Vicat (1882)
   Rue Jules César, juste à côté de l’actuelle église de scientologie, régna à la fin du XIXe siècle celui qui fut surnommé l’Attila des punaises : Joseph-Henri Vicat, "l’inventeur de l’insecticide". Une planche d’images d’Epinal datant de 1882 montre deux hommes en haut-de-forme – le jury de l’exposition universelle – visitant l'usine Vicat, 9 rue Jules César. Un troisième personnage, peut-être Vicat lui-même, leur fait admirer "les machines qui transforment les fleurs en poussière fine, lesquelles, en traversant plusieurs chambres saturées de d’essences volatiles, s’en imprègnent".

Né dans le Dauphiné en 1821, Joseph Vicat débute sa vie professionnelle comme instituteur dans les Alpes. Il s’intéresse aux plantes, à la chimie, et vers 1850, découvre les vertus insecticides des fleurs de pyrèthre réduites en poudre. "M. Vicat donna à ce moment sa démission d'instituteur et entra chez un droguiste de Lyon. Ce fut dans cette ville qu'il demeura jusqu'au jour où l'expérience faite au camp de Sathonay par le général commandant la place prouva, en détruisant les insectes dont la garnison était infestée, la supériorité du nouvel insecticide", rapportera la "Revue de la société centrale d’apiculture" à sa mort.

Aux alentours de 1855, Joseph Vicat se mue en chef d’entreprise pour fabriquer et commercialiser sa poudre, et monte à Paris. Il s’installe d’abord 123 rue Saint-Honoré, déménage ensuite rue Saint-Denis. L'usine "à vapeur" de la rue Jules César, près de la Bastille, est mentionnée à partir de 1880.

Infaillible contre les punaises, sa poudre de pyrèthre tue aussi les cafards, les cancrelas, les scorpions, les araignées, les mouches, les cousins ou encore les hannetons, assure-t-il. Et pour renforcer l’efficacité de son produit, Vicat vend des insufflateurs et boîtes-soufflets spécifiques permettant de l’appliquer utilement. Il présente ses innovations aux expositions universelles de 1855 (Paris), 1862 (Londres) et 1867 (Paris). La réussite est au rendez-vous. A l’époque, on le présente de loin comme le principal fabricant d’insecticides en France. "M. Vicat, qui a presque monopolisé ce genre d’industrie, produit à lui seul, annuellement, plus de 100.000 kilogrammes de poudre", souligne le dictionnaire Larousse en 1870.



"Soufflet parisien" Vicat
pour saupoudrer la poudre insecticide

Une autre raison de son succès est l’utilisation de la publicité. En 1900, Vicat fait ainsi réaliser un film court à la gloire de son insecticide par l’illlustre Georges Méliès (qui assure la même année une commande pour la moutarde Bornibus). Et en avril 1915, alors que son fondateur est mort depuis une quinzaine d’années et que Clément Vicat a pris sa succession, la maison publie dans la presse un avis destiné "aux soldats dans les tranchées" : pour la "destruction des poux et autre vermine", la solution consiste à saupoudrer le corps et les vêtements du fameux insecticide, "inoffensif pour les personnes". "Vendu en flacons de 2 francs, 1,25, 0,75 et 0,50", il "se trouve partout et 9, rue Jules César, Paris".

Affiche de Jules Chéret à la gloire de Vicat (vers 1880)
L'immeuble du 9 rue Jules César
(janvier 2012)

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