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dimanche 31 janvier 2021

Goepfer, un siècle de boutons à l’ombre du Père-Lachaise

L'immeuble Goepfer vu du pont de la rue Charles Renouvier (novembre 2020)


5 rue Ramus

Métro Gambetta

Une petite merveille d’architecture industrielle est cachée tout près du cimetière du Père-Lachaise. 

On la devine à travers les arbres, en marchant sur le pont de la rue Charles Renouvier. Il faut avancer dans la rue Ramus, s’arrêter au numéro 5 de cette voie calme. 

Ici se trouve une ancienne usine de boutons, à la silhouette intacte. L’ossature est en béton armé, parée de briques ocre. De grandes et nombreuses fenêtres trouent l’imposante façade, de manière à faire entrer toute la lumière possible dans les ateliers. Une mosaïque parfaitement conservée annonce la raison sociale : « ETABLISSEMENTS GOEPFER ».

La façade, avec sa mosaïque (novembre 2020)

Ce beau bâtiment date de la fin des années 1920. Trois autorisations de construire ont été accordés à la société Goepfer, en 1925 et 1928 pour des ateliers aux 3 et 5 rue Ramus, puis en 1929 pour ajouter deux étages au 5. Dans les trois cas, l’architecte se nomme Roger Lelièvre. Né à Paris en 1886, il a obtenu son diplôme en 1913.

Pour les Goepfer, la construction de ce bel immeuble industriel marque une forme d’apogée. La famille travaille alors le métal dans le quartier depuis plusieurs dizaines d’années. « Le métal au service de la mode depuis 1870 », tel sera plus tard son slogan. Dans les années 1880, la société Goepfer père et fils, « mécanicien à façon », est en tous les cas installée rue des Rondeaux. Et à partir des années 1900, les Goepfer sont propriétaires du 5 rue Ramus, où ils commencent à faire édifier différents bâtiments.
Un des articles de la maison Goepfer : les fixations de boucles d'oreilles

L’activité de la famille concerne d’abord les « pointes d'acier pour la bijouterie ». Après la crise de 1929, qui stoppe l'essor de la fabrication de clous décoratifs, la société se tourne peu à peu vers les boucles de chaussures en métal, et divers articles en métal pour l’habillement, les boutons en particulier, mais aussi les fixations de boucles d’oreilles. 
En 2003, l’entreprise familiale cesse son activité volontairement en raison de la disparition rapide des ses débouchés. Certains outillages sont vendus en 2005 à la société Erode dans le cadre de la liquidation des actifs. La vieille structure, devenue une coquille vide, est liquidée en 2007 par Patrice Goepfer. Un ensemble résidentiel est installé sur place en 2008. 

N.B. : Une fois la façade rue Ramus admirée, le tour du pâté de maisons s’impose. Il fournit de très jolies découvertes rue des Rondeaux et rue Eugénie Legrand.

Rue des Rondeaux, derrière l'usine Goepfer (novembre 2020)

Au 6, rue Eugénie Legrand (novembre 2020)

dimanche 15 juin 2014

Octobre 1915 : l'usine de grenades Billant explose rue de Tolbiac

Deux policiers devant les décombres de l'usine Billant, octobre 1915 (photographie agence Rol)

174 rue de Tolbiac 

Métro Tolbiac  

La désindustrialisation de Paris a parfois été violente. Le 20 octobre 1915, une fabrique de grenades explose au 174, rue de Tolbiac. Elle provoque une cinquantaine de morts, une centaine de blessés, dévaste les immeubles alentours, et signe la fin de ce type d’industrie dans Paris intra muros.

L’usine en cause appartenait à Louis Billant, un ingénieur mécanicien, spécialiste des instruments de précision, installé 3 passage du Moulin des Prés. Inventeur de diverses machines, il avait déposé des brevets dès 1905. Avec la guerre, ses compétences intéressèrent au plus haut point l’armée, qui cherchait d’urgence à s’approvisionner en grenades modernes.



Grenade Billant, 1916
En collaboration avec le Génie, Billant conçut un nouveau type de grenade, la grenade P1. 
"On demanda alors à ce petit mécanicien d’entreprendre immédiatement une fabrication en grand, rapporta après l’accident Albert Thomas, sous-secrétaire d’Etat chargé de l’artillerie et des munitions. A côté de son atelier, il y avait un terrain vague, il demanda à l’occuper. Des officiers du génie firent avec lui un certain nombre de démarches pour l'installation, et c'est ainsi que l’atelier fut établi dans la rue de Tolbiac."
 
Depuis l’explosion de la poudrerie de Grenelle en 1794, qui avait tué plus de 1000 personnes parmi les employés et la population voisine, les pouvoirs publics connaissaient pourtant les risques de ce type d’établissements. La préfecture de police avait donc prescrit de limiter la quantité d'explosifs emmagasinée, de séparer les magasins d’explosifs du magasin de détonateurs, de prévoir des ateliers différents pour chacune des opérations de fabrication. Sans oublier de récupérer deux fois par jour les grenades achevées, de manière à ne conserver sur place que 5.000 grenades achevées au maximum. 


Mais l’état-major, lui, réclamait toujours plus de munitions. Si bien que la production du petit atelier de la rue de Tolbiac monta jusqu’à 30.000 grenades par jour. 


Le ministère envisageait bien d’ouvrir une usine plus importante hors de Paris pour répondre à la demande et fermer le dangereux site de la Butte-aux-cailles. Mais il explosa avant que ces vœux pieux aient trouvé un début d’exécution. Ce jour-là, au lieu de 5.000 grenades chargées, il y en avait 15.000 rue de Tolbiac, peut-être plus. 

L'usine Billant après l'explosion (Photographie agence Rol)

"Des ouvriers procédaient à l’installation, sur un camion, de caisses contenant des matières explosives lorsque l’une d’elles tomba, occasionnant ainsi la déflagration de tous les engins qui se trouvaient à proximité, selon le Journal des débats politiques et littéraires. Puis une seconde série de détonations suivit, et un nuage s’éleva de l’usine." Brouillard mortel rue de Tolbiac.

Sur place, rien ne subsiste aujourd’hui de la défunte fabrique de grenades.




Après l'explosion (Photographie agence Rol)

lundi 17 mars 2014

Une cité industrielle rue Lecourbe

L'usine Ravier, avec le porche entre les deux bâtiments (carte postale, début du vingtième siècle)

296-298 et 305 rue Lecourbe
Métro : Lourmel


Ce bout de la longue rue Lecourbe permet d’imaginer le quartier au début du vingtième siècle, lorsqu’il était encore très industriel. Jusqu’en 1875, la rue Duranton voisine s’appelait d’ailleurs passage de l’Industrie, en raison des usines, notamment chimiques, qui s’y trouvaient.

Au 305 rue Lecourbe s’élève toujours un bâtiment reconnaissable à sa structure métallique et ses briques rouges. Il abrite une partie des ateliers de réparation des métros de la ligne 12 et de fabrication des sabots de freins en bois pour toutes les rames de la RATP.


Rue Lecourbe, l'extrémité des ateliers de Vaugirard (mars 2014) 
Ces ateliers de Vaugirard s’étendent sur tout un quadrilatère, jusqu’à la rue Desnouettes et la rue de la Croix-Nivert. Mais sans doute pour plus très longtemps : selon le plan local d’urbanisme, cet espace est dorénavant destiné à la construction de logements, notamment sociaux.

Presque en face, aux numéros 296-298, les deux grands immeubles de brique rouge qui se font face marquent l’entrée d’une petite cité industrielle bâtie autour de 1893, dont le porche a disparu. Elle comptait à la fois des ateliers, des bureaux, et des logements pour les employés. Ses architectes, Philippe Jouannin et Édouard Singery, sont connus pour avoir construit ensemble en 1898 un des magnifiques immeubles de la rue Réaumur, au numéro 61, étonnant mélange d’Art Nouveau et de style gothique.

Les deux immeubles du 296-298 rue Lecourbe, sans le porche initial (mars 2014)
Ici, les deux hommes ont travaillé de façon plus classique pour le compte de l’entreprise Ravier, spécialisée dans la serrurerie, la menuiserie et les charpentes, en bois comme en fer. Les frères Albert et Eugène Ravier y succédèrent à leur père, dans une fabrique moderne, dotée d’une machine à vapeur.

L’usine Ravier a laissé peu de traces, si ce n’est quelques entrefilets dans les journaux de janvier 1916, lorsqu’un de ses ouvriers, un Algérien de 22 ans qui sortait pour la pause de midi, fut tué par un inconnu de deux coups de couteau dans la poitrine. "On croit à une mystérieuse vengeance", commenta alors Le Matin.



Détail de la façade du 296 rue Lecourbe (mars 2014)

Après Ravier, plusieurs autres entreprises occupèrent la cité, en particulier le fabricant américain de robinets, raccords et autres tubes Crane, et, au début des années 1930, Henri Desprez, inventeur d’une « super-culasse » pour les voitures Citroën. 

Suivit notamment La Duclanisation, la société à laquelle l’ingénieur Alexis Duclan avait donné son nom. Elle resta sur place jusque dans les années 1970, proposant une technique d’étamage chimique des métaux originale. 

Agrandie grâce à l'ajout plusieurs étages, reconvertie en logements, la cité du 296-298 rue Lecourbe n’a aujourd’hui plus rien d’industriel.

Publicité pour la "super-culasse" de Henri Desprez,
parue en 1926 dans le Journal officiel de Madagascar 

dimanche 23 février 2014

La Tour Saint-Jacques, une usine de plombs de chasse

La Tour Saint-Jacques sous la lune (février 2014)
39, rue de Rivoli
Métro Chatelet


Étonnante histoire que celle de la Tour Saint-Jacques, un clocher d'église devenu usine de plombs de chasse... 
Dressée à deux pas de la place du Châtelet, au cœur de Paris, cette tour constitue le meilleur exemple des bâtiments religieux nationalisés et transformés en sites industriels à la Révolution. 

Aujourd’hui isolé au milieu d’un jardin public, cet édifice est l’ancien clocher de l’église Saint-Jacques, construit entre 1508 et 1522 par la confrérie des bouchers, pour remplacer celui qui avait été érigé en même temps que la chapelle, vers 1060. 

A la Révolution, Saint-Jacques-la-Boucherie fait partie des possessions de l’Eglise déclarées biens nationaux et mises en vente pour faire entrer de l’argent dans les caisses de l’Etat. Fermée en 1790, elle est cédée avec ses dépendances à un marchand de biens en octobre 1797 moyennant 411.200 livres. L’église est alors utilisée comme une carrière, démontée pierre par pierre, et remplacée par une série de petites boutiques en bois. 

Seul le clocher échappe à la démolition, conformément à ce qui avait été imposé dans le contrat de vente. Il trouve alors un emploi inattendu : la tour gothique devient une fonderie, où sont fabriquées durant plus de trente ans des balles en plomb pour la chasse. Cette transformation est l’œuvre de deux négociants et industriels anglais, James Cole Martin et George Akerman.
Portrait de James Cole Martin par J.-D. Court

Les deux hommes travaillent alors déjà en France depuis des années. Installés à Rouen, rue aux Ours, ils ont d’abord importé des plombs d’Angleterre, puis en ont produit sur place. En 1791, Louis XVI, encore sur le trône, leur accorde pour dix ans un brevet d’invention "pour fabriquer, vendre et débiter dans tout le royaume du plomb à giboyer fait par un procédé" qui permet d’obtenir un plomb "parfaitement rond et sans cavités". 

Dix ans plus tard, en octobre 1801, "nous montons en ce moment un atelier à Paris, indépendamment de celui que nous conservons ici", à Rouen, indiquent les deux associés dans le mémoire qu’ils rédigent pour faire prolonger leur brevet. 

Ce nouvel atelier parisien, c’est celui de la Tour Saint-Jacques. 
Le choix du lieu qu'ils louent ne tient pas au hasard. La hauteur de la tour est nécessaire au processus de fabrication. A Bordeaux, la tour Pey-Berland, qui constitue le clocher de la cathédrale, est d'ailleurs utilisée de la même façon à la même époque. 

Au sommet, une chaudière porte le plomb à plus de 300 degrés. Un peu d’arsenic est ajouté. Puis l’alliage fondu est jeté du haut de la tour à travers des cribles. En bas, il tombe dans des bassines remplies d’eau froide. Sur 50 mètres, les gouttelettes tournent sur elles-mêmes, refroidissent et se solidifient, si bien qu’elles arrivent sous forme de grenailles ou de dragées parfaitement cylindriques. 

La signature de Martin & Akerman, au bas de leur demande de brevet (1791)

Pour faciliter le travail, Martin et Akerman font semble-t-il supprimer les voûtes en pierre des différents niveaux, sauf celle formant le plancher du premier étage. En outre, leur activité provoque au moins deux incendies.

Néanmoins, le progrès par rapport aux techniques anciennes est jugé suffisamment net pour qu’en 1817, James Cole Martin obtienne à 53 ans d’être naturalisé français pour services rendus à la France. Son affaire prospère. Au début des années 1820, avec son fils Charles, il ajoute à ses installations de Rouen et Paris une fonderie de fer au faubourg Saint-Sever, non loin de Rouen.

Quant à la Tour Saint-Jacques, ses propriétaires, les héritiers Dubois, la mettent aux enchères en 1836. Poussée par quelques défenseurs du patrimoine, dont le scientifique François Arago, la ville de Paris saisit l’occasion pour racheter l’édifice, y mettre fin à toute activité industrielle, puis lancer une première campagne de restauration.


Depuis, la Tour est considérée uniquement comme un monument historique, un ornement du centre de Paris, doublé tout au long du XXe siècle d’un observatoire météorologique. 

Pendant des dizaines d’années, la Tour Saint-Jacques demeure cependant une marque de plombs renommée, propriété successivement de la maison Parent et Leroy puis de la Cartoucherie Française. C’est ainsi qu’en 1907, une enveloppe envoyée de province et destinée "A Monsieur le fondeur de plombs de chasse, à la tour Saint-Jacques, Paris" parvient à la Mairie, relate le bulletin municipal. "Sans doute un vieux chasseur attardé…"


samedi 13 octobre 2012

Des lits Pardon au Marriott Saint-Jacques

7-19, boulevard Saint-Jacques
Métro: Saint-Jacques

95-97 avenue de Choisy
Métro: Tolbiac




Le treizième arrondissement, jusqu'à sa lisière avec le quatorzième, fut un haut lieu industriel. Quelques bâtiments ont survécu, comme ceux de la Sudac, des Grands Moulins de Paris ou de Panhard et Levassor. Beaucoup ont totalement disparu, notamment autour de la place d’Italie, remplacés par les grands immeubles et les tours qui ont poussé en masse dans les années 1960-1970. 

Publicité pour une "cheminée à feu continu"
Pardon, fabriquée boulevard Saint-Jacques
Témoins, les deux usines des lits Pardon. La plus ancienne était située entre les numéros 7 et 19 du boulevard Saint-Jacques, à l’emplacement d’une partie de l’ancienne Fosse aux Lions, une carrière à ciel ouvert devenue vers 1850 un refuge de pauvres gens. La manufacture "A. Pardon" ouvrit à la fin du dix-neuvième siècle. On y fabriquait des "lits en fer creux émaillés au feu", mais la gamme s’élargit peu à peu, allant des meubles en fer aux articles de jardin en passant par des urnes électorales, des appareils de chauffage et du matériel pour hôpitaux. 

Quelque 200 personnes travaillaient sur place vers 1905. Le site fut ensuite agrandi en récupérant des terrains rue Fergus. Une carte postale de l’époque montre le métro aérien et, derrière, une série de grandes halles industrielles ainsi que de plus petits bâtiments : l’"usine Pardon".

En 1914-1918, l’endroit devint une "usine de guerre". Son propriétaire afficha un avis manuscrit précisant ses états de service patriotiques : "M. Pardon est de la classe 1885, a fait son service au 76e d’infanterie", indiquait-il notamment. L’usine sortit indemne du conflit.

A la place de la fabrique de lits métalliques trône aujourd’hui un hôtel de luxe, l’ex-PLM Saint Jacques devenu Marriott, construit en 1969 par l’architecte Pierre Giudicelli. 

L'hôtel Marriott aujourd'hui
Derrière le métro aérien, le Marriott a remplacé l'usine
(photo novembre 2012)
La seconde usine des Lits Pardon fut installée 95-97 avenue de Choisy. A cette adresse se situaient auparavant, depuis 1876, les ateliers de construction mécanique de deux industriels, Jaegge et Pérard, qui avaient en particulier mis au point un "système de couvercles graisseurs à fermeture hermétique pour godets". Pardon prit leur suite, vers 1920. L’avenue de Choisy devint alors le siège des "usines métallurgiques Le Lit Pardon". Dirigée au milieu des années 1930 par Robert Pardon et Hubert Simonel, la maison disposait en outre d’une deuxième usine à Marseille. 

Pardon resta avenue de Choisy jusque dans les années 1960, avant de laisser la place à des immeubles d’habitation sans grâce. Et de sombrer dans l’oubli.

Vue de l'intérieur de l'usine Pardon, avenue de Choisy
Carte promotionnelle représentant les usines Pardon en 1928 (collection Alain Faure)

mardi 18 septembre 2012

Le thermomètre de la rue de Poitou



36 rue de Poitou
Métro: Saint-Sébastien-Froissart


Rue de Poitou, ne manquez pas le thermomètre géant fixé sur la façade, avec ses degrés centigrades marqués en chiffres rouges sur fond noir. Tout en haut, l’indication "Bernel-Bourette" rappelle qu’ici se trouvait au début du vingtième siècle un fabricant d’instruments de mesure. 

Bernel-Bourette était notamment connu pour son pagoscope, un appareil assemblant deux thermomètres et destiné aux agriculteurs. Il est présenté à l’exposition internationale organisée à Paris à l’automne 1905. « En entrant par la porte des Invalides, le Pagoscope de M. Bernel-Bourette nous pose son point d’interrogation : Gèlera-t-il ?, raconte alors un visiteur. Pour le savoir, nous nous conformons aux indications données pour consulter ce curieux petit instrument, et nous apprenons avec satisfaction que la gelée ne viendra pas compromettre la santé des plantes de plein air. »

Avant même la première guerre mondiale, le 36 rue de Poitou devient un hôtel, appelé comme il se doit l’Hôtel du Thermomètre. Quant à la maison fondée par Lucien Bernel-Bourette, son siège se retrouve alors 84 boulevard Beaumarchais, l’entrée des ateliers et de la fonderie s’effectuant par le 73 rue Amelot, de l’autre côté du pâté de maisons.


Une gravure représentant le pagoscope
et ses deux thermomètres 

vendredi 30 décembre 2011

A la Grange-aux-Belles, le QG des compteurs

La façade de l'ancienne usine de compteurs, rue de la Grange-aux-Belles (décembre 2011)


Le hall du 28 rue de la Grange-aux-Belles,
avec sa verrière
   Au 28, rue de la Grange-aux-Belles, franchissez l’immense porte centrale, montez les marches, et faites-vous passer pour un étudiant étranger souhaitant une bourse ou pour un DRH en quête d’aide sur la mobilité internationale. Dans le hall d’accueil d’Egide, vous pourrez ainsi admirer les structures de métal et la verrière d’ateliers disparus. Le siège de ce Centre français pour l’accueil et les échanges internationaux est en effet installé dans une ancienne usine de compteurs, dont les grands traits ont été bien conservés. En particulier le hall, ainsi que les façades associant du métal riveté à des briques rouge et crème.

A la fin du dix-neuvième siècle, ce quartier était celui des compteurs. Juste à côté, au 27-31 de l’avenue Claude-Vellefaux (qui n’était alors qu’une rue), se trouvait le siège et le principal site industriel de la Compagnie pour la fabrication des compteurs et matériel d’usines à gaz. L’entreprise avait été fondée en 1877 par trois hommes, Gabriel Chamon, M. Nicolas et Anatole Foiret, désireux de fournir à une industrie du gaz alors en plein développement des compteurs, et plus largement tous les équipements possibles : régulateurs, laveurs, condenseurs, etc.

Très vite, ils ont l'habileté d’associer à leur conseil les présidents de la plupart des sociétés de distribution de gaz. "La Compagnie des compteurs a longtemps été une sorte de coopérative de consommateurs qui cherchait à satisfaire les besoins industriels de ses administrateurs clients", explique Jacques Pelpel dans son Historique de la Compagnie des compteurs. Résultat : quand les dits clients décrochent des concessions de distribution non seulement de gaz, mais d’eau et d’électricité, la Compagnie des compteurs élargit tout naturellement sa gamme aux compteurs d’eau, d’électricité et aux appareils de mesure électrique.

Pour accompagner cet essor, la Compagnie s’étend dans Paris, et au-delà. Après avoir construit en 1893-1894 l’usine de la rue Claude-Vellefaux, elle achète en 1888 les compteurs Michel et Cie, 16 et 18 boulevard de Vaugirard, et développe les ateliers qui s’y trouvent. Puis, vers 1896, elle fait l’acquisition, rue de la Grange-aux-Belles, d’immeubles mitoyens de son siège de la rue Claude-Vellefaux et y bâtit des ateliers en plusieurs étapes, de 1898 à 1919. Elle s’offre aussi des succursales qui assurent une partie de la production à Lyon, Lille, Nice, Barcelone, Bruxelles, Madrid, Copenhague, etc. En 1907, l’entreprise compte 16 usines à travers l’Europe.

Cette expansion rapide et l’absorption de certains de ses concurrents amènent la compagnie à prendre assez vite la première place sur le marché des compteurs à gaz. Une position dominante dont s’alarme "La Vie ouvrière" : "le trust de la construction des usines à gaz est fondé", écrit le journal dès décembre 1909. Sa conclusion : "il ne reste plus qu’une force capable de limiter la puissance" des trusts de ce type : "c’est la force ouvrière."

Au début des années 1920, la Compagnie migre vers la banlieue. Elle crée une énorme usine à Montrouge pour fabriquer les compteurs qui sortaient auparavant de l’avenue Claude-Vellefaux et du boulevard de Vaugirard, et y transfère son siège. Les locaux parisiens passent alors aux mains d’autres industriels. Une filiale du groupe, la Compagnie générale de construction de fours, s’installe rue de la Grange-aux-Belles, et la Soudure Autogène Française (Air Liquide) avenue Claude-Vellefaux. La Compagnie pour la fabrication des compteurs et matériel d’usines à gaz, rebaptisée Compagnie des compteurs, poursuit, elle, sa croissance. Jusqu’à compter plus de 20.000 personnes lorsqu’elle finit par être achetée par Schlumberger en 1970.

A présent, l’industrie a cédé la place. Tandis qu’Egide a récupéré la Grange-aux-Belles, c’est une école de commerce, l’Inseec, qui a pris ses quartiers dans l’ancien siège de la Compagnie, rue Claude-Vellefaux. 

L'ancien siège de la Compagnie des compteurs,
avenue Claude-Vellefaux (décembre 2011)

dimanche 31 juillet 2011

Le Lucernaire, une ancienne usine

La façade de l'immeuble (juillet 2011)

   Êtes-vous déjà allé voir une pièce de théâtre ou un film au Lucernaire, dans le sixième arrondissement, à deux pas de Montparnasse? On peine à l'imaginer, mais ce lieu de spectacle est installé dans une ancienne usine de matériel de soudage. 

L'immeuble qui abrite le Lucernaire est un beau bâtiment haussmannien construit à partir de 1887 par l'architecte A. Chabert pour un certain Louis Badin, sur un terrain qui avait auparavant accueilli notamment des éditeurs et imprimeurs. S'il s'agit d'un "bâtiment de rapport", et non d'un immeuble industriel, le rez-de-chaussée est cependant occupé, à partir des années 1910, par un atelier de fabrication de chalumeaux et autres matériels pour la "soudure autogène", un type de soudage de pièces de métal. 

Charles David en train de souder
Cet atelier appartient à l'industriel qui l'a créé, Charles David. Celui-ci siège par ailleurs au conseil d'administration de la Confédération nationale du commerce, de l'industrie et de l'agriculture. 

Au bout de quelques années, les Etablissements Charles David prennent pour raison sociale le surnom de leur fondateur et deviennent Charledave, une marque encore connue aujourd'hui. La maison a pour clientèle des garagistes, des mécaniciens, des forgerons, etc. Jean David, le fils de Charles, invente et fabrique également du matériel du même type. L'entreprise sera vendue en 1990 au groupe suédois GCE (Gas Control Equipment), l'un des leaders européens sur le marché du soudage autogène.

Annonce de 1931. 
En 1976, l'atelier de la rue Notre-Dame-des-Champs est repris par un jeune couple de comédiens, Christian Le Guillochet et Luce Berthommé. Ils ont déjà fondé un café-théâtre dans une usine désaffectée impasse d'Odessa, également dans le quartier de Montparnasse, mais se retrouvent chassés par la promotion immobilière et cherchent un nouvel endroit. 

Le lieu laissé par Charledave les séduit. "Vieille de 60 ans de bons et loyaux services d'usine à sueur",  la Soudure Autogène "cachait à l'intérieur, derrière une superbe façade haussmannienne, ses entrailles, ses cicatrices", se souvient Christian Le Guillochet dans ses mémoires (Le Lucernaire: 50 ans de théâtre à Paris, L'Harmattan, 2006). "Griffée, entaillée par les ridelles des camions, graissée, patinée par les huiles des machines, mordue, brûlée, cassée, ses sols, ses murs suintaient, chuchotaient la nuit, puis parlaient de plus en plus fort jusqu'à ces emplacements où d'innombrables nombres à trois chiffres étaient gravés au pointeau dans ses plâtres, des tiercés bien-sûr, calculés, lancés, confiés au hasard, joués, espérés". 

En juin 1977, l'ex-usine devient un forum culturel et ouvre ses portes au public. Laurent Terzieff, Gérard Depardieu et bien d’autres y joueront. 


Aujourd'hui, les deux fondateurs du Lucernaire sont morts, mais le lieu est toujours vivant, avec de petites salles de théâtre, de cinéma, un embryon de librairie, un café-brasserie et un restaurant. L'ensemble est organisé autour d'une sorte de rue intérieure pavée, avec une fontaine Wallace factice - celle qui lui a servi de modèle se trouve tout près, rue Vavin. 

La fausse fontaine Wallace et le sol pavé (juillet 2011)

lundi 18 juillet 2011

Les trois Cours de l'Industrie, la Folie Titon et l'émeute Réveillon



   Si vous voulez découvrir les Cours de l'Industrie dans leur jus actuel - un jus grisâtre et crasseux, il faut le reconnaître -, ne tardez plus. De lourds travaux de réhabilitation, attendus depuis des années, viennent de débuter au 37 bis, rue de Montreuil. Le chantier, confié par la Société d'économie mixte d'aménagement de l'est de Paris (Semaest) au groupement d'entreprises Demathieu & Bard et GTPR, durera au moins trois ans. Les premiers bâtiments sont censés être livrés dès 2012. Coût du projet, au moins 12 millions d'euros. 

Il s'agit de mettre aux normes cet ensemble de trois cours pavées et de huit bâtiments sans faire partir pour autant la quarantaine d'artistes et d'artisans qui y travaillent, ni saccager des lieux chargés d'histoire : ici a jailli l'une des étincelles de la Révolution française...

   Les actuelles Cours de l'Industrie sont implantées sur des terrains qui faisaient partie au XVIIe siècle du parc de la Folie Titon, vaste domaine créé en 1673 par Maximilien Titon, un marchand et fabricant d'armes ayant fait fortune en équipant l'armée de Louis XIV. Son domaine, également surnommé "Titonville", s'étendait du 31, rue de Montreuil jusqu'à la rue des Boulets et abritait notamment un magnifique hôtel particulier. Après sa mort en 1711, c'est l'un de ses fils, Evrard Titon du Tillet, qui s'installe sur place. 

Plaque commémorative sur la façade du 31, rue de Montreuil
Le marchand puis fabricant de papiers peints Jean-Baptiste Réveillon (1725-1811) achète une partie des lieux en 1765, deux ans après le décès d'Evrard Titon du Tillet, et y construit une manufacture pour développer ses activités. Celles-ci se développent tant et si bien que Réveillon obtient en 1783 le titre de manufacture royale pour sa fabrique de papier vélin "dont il est le premier parvenu à découvrir la manipulation". En octobre de la même année, c'est des jardins de la Folie Titon appartenant à Réveillon que s'envole la première montgolfière habitée, avec à son bord Jean-François Pilâtre de Rozier. Réveillon a fourni le papier utilisé pour fabriquer les premiers ballons. Le succès du premier vol lui garantit une excellente publicité. 


"Le papier de tenture fut peu apprécié à l'origine, analyse la revue La Renaissance de l'art français et des industries du luxe en 1921. Coutant d'Orville écrit en 1769 que les  papiers peints sont bons pour la garde-robe et tout au plus pour les petites chambres de maisons de campagne. Mme de Genlis leur reprochait avec raisons de coûter presque aussi cher que de vraies tapisseries. Réveillon triompha des préventions en perfectionnant la fabrication de manière à obtenir un rendement plus économique, tout en faisant appel à des artistes de talent." 

En avril 1789, Jean-Baptiste Réveillon se retrouve la cible d'une révolte pré-révolutionnaire. Il est accusé d'avoir affirmé qu'un ouvrier pouvait "vivre avec 15 sols par jour" et qu'il fallait diminuer les salaires. Son effigie est brûlée en place de Grève. Sa manufacture, qui emploie alors près de 350 ouvriers, est mise à sac et incendiée par les émeutiers, et le mouvement sévèrement réprimé. On compte plusieurs centaines de morts.
"Sous le prétexte d'un propos que je n'ai tenu ni pu tenir, j'ai été en un instant écrasé d'infortunes, plaidera un peu plus tard Réveillon. Une perte immense, une maison dont je faisais mes délices, et qui présente partout l'image de la désolation, mon crédit ébranlé, ma manufacture détruite peut-être faute des capitaux nécessaires pour la soutenir; mais surtout (et c'est ce qui m'accable) mon nom qui a été voué à l'infamie, mon nom qui est abhorré parmi la classe du peuple la plus chère à mon coeur : voilà les suites horribles de la calomnie répandue contre moi". 


Un siècle plus tard, les frères Edmond et Jules de Goncourt, dans leur Histoire de la société française sous le directoire, compatissent: "Voyez cette magnifique ruche ouvrière, où se fabriquèrent, pour la première fois à Paris, des papiers vélin supérieurs aux papiers vélin anglais; des papiers d'imprimerie supérieurs aux papiers de la Hollande; des papiers veloutés à quatre-vingts teintes, égalant les tentures des Gobelins: eh bien, le maître de ces métiers, de cet hôtel, de cette fortune gagnée, pleure et ses glaces, et sa collection de dessins, et son argenterie, et son argent, et quarante mille livres de produits, et sa maison délabrée; il pleure, entre tout ce qu'il regrette, sa médaille d'or : Artis et industriae praemium datum Joanni Baptistae Reveillon. Anno 1785"


Deux frises de la manufacture Jacquemart et Bénard
En réalité, la manufacture survit à l'affaire. Mais l'ouvrier enrichi Jean-Baptiste Réveillon, lui, part en Angleterre et passe la main à d'autres dirigeants: Pierre Jacquemart et Eugène Bénard de Moussinières, un capitaine de grenadiers dans la garde nationale qui sera par la suite élu à la chambre des Cent-Jours. Après les avoir louées pendant un an, Jacquemart et Bénard achètent les installations en mai 1792. Ils y poursuivent avec succès la fabrication de papiers peints, René Jacquemart succédant à son père au décès de celui-ci, en 1804. Eugène Bénard, lui, quitte l'affaire en 1809, alors qu'il est devenu maire du 8ème arrondissement. 

En 1813, la manufacture fait faillite, en même temps que deux autres sociétés auxquelles René Jacquemart est associé: la savonnerie du 135, rue de Montreuil (Auguste Jacquemart et compagnie), et le Comptoir commercial fondé par son père (Jacquemart et Fils et Doulcet Dégligny). Des accords sont cependant trouvés avec les créanciers, et ce n'est qu'en 1840 que la manufacture de papiers peints est définitivement fermée. 

Escalier dans l'une des cours, juillet 2011
Elle est remplacée dans les années 1850 par une cité pour artisans, avec ateliers et logements ouvriers. Le programme est lancé à partir de 1853 par trois hommes d'affaires qui ont acheté le terrain: le sénateur Georges-Charles de Heeckeren (connu pour avoir tué en duel le poète russe Pouchkine), l'industriel britannique Robert William Kennard et le banquier Raphaël-Louis Bischoffsheim. Ce dernier est cependant écarté en 1855 à la suite d'un arbitrage.


Le résultat est la cité que nous connaissons actuellement. Du moins en partie, car ces cours de l'Industrie, largement consacrées au travail du bois, ont notamment souffert du feu. En mars 1908, elles sont ravagées par un énorme incendie. "Tout un groupe d'usines formant un vaste quadrilatère bordé par la rue des Boulets, la rue de Montreuil, la cité Souzy et la cité Saint-Michel a flambé", rapporte le quotidien La Presse du 2 mars. Le feu se déclare d'abord dans l'usine de force motrice Mahuet, construite en 1902 au centre du groupe d'ateliers, se propage aux installations de "MM. Margotton et Cie, fabricants de margottins" (des sortes de balais), puis atteint d'autres grands ateliers: l'usine de sièges Moreau et Pérault, qui compte à elle seule 300 ouvriers, celle d'encadrements Duponnois et Cie, les ateliers des ramasseurs de gravats Pouchart, ceux de métaux de Rougier, etc.  


Les trois cours survivent toutefois à cet accident. Pendant des décennies, elles constituent une sorte de village dans la ville, avec ses artisans qui se connaissent tous et, semble-t-il, un restaurant dans la dernière cour qui assure le repas de midi. La liste des occupants en 1913 donne bien la couleur: André et Cie, vernis sur métaux ; Bouckaert et Cie, moulures ; Brissot et Martin, force motrice ; Cannat, meubles ; Coupat, ébéniste ; Cretin, cadres ; Deswert, meubles ; Franck, ébéniste ; etc. 


Vue d'une des cours, juillet 2011
La cité passe en 1865 des mains de Heeckeren et Kennard à celles de Henri Racault et Antoinette Krieger, sa femme. Claire Duluc obtient les clés en 1883, puis Paul Jeammet, grand-père du dernier propriétaire privé, les récupère en 1942, indique une étude effectuée par le Musée des arts et traditions populaires. 

A partir des années 1970, la désindustrialisation de Paris se traduit par la disparition de certains ateliers. Ils laissent la place à des artistes "intéressés par des surfaces importantes et des loyers modérés", comme ils l'expliquent eux-mêmes. Des sculpteurs, des céramistes, des ébénistes -tradition du bois oblige-, des plasticiens divers, des musiciens. 


Vue d'une des trois cours, juillet 2011
Dans les années 1980-1990, les trois cours de plus en plus délabrées se retrouvent menacées de démolition. Leurs occupants se mobilisent et créent en 1991 une association: les Ateliers Cours de l’Industrie (ACI). Ils obtiennent en 1994 que les parties extérieures des bâtiments soient inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, puis surtout que la Ville de Paris achète les lieux au marchand de biens qui les avait récupérés. Chose faite en janvier 2004. Montant de la transaction: 7,1 millions d'euros pour une parcelle de 3.901 mètres carrés.
"Ce site exceptionnel échappe ainsi à la voracité des promoteurs", se félicite alors le maire du 11ème arrondissement, Georges Sarre, fier d'avoir contribué à sauver "un des derniers vestiges parisiens de l’architecture industrielle de faubourg Saint-Antoine". Son objectif: récréer ici "une véritable Cité industrielle et artisanale". Rendez-vous pour en juger en 2014. 


Les travaux en cours (février 2013)

samedi 2 juillet 2011

L'ancienne usine Meccano, rue Rébeval

La façade du 78-80 rue Rébeval ( juin 2011) 

78-80 rue Rébeval
Métro Pyrénées

Au 78-80, rue Rébeval, dans le 19ème arrondissement, se dresse un drôle de bâtiment. On y trouve des murs de brique et de pierre de taille comme dans nombre d'immeubles industriels. Pourtant cette façade, avec ses courbes, ses obliques, ses avancées qui ressemblent à des tourelles crénelées, ne correspond pas à celle d'une usine.

Et de fait, cette curieuse façade était celle des bâtiments administratifs de Meccano France. Les ateliers se trouvaient juste derrière. C'est là que furent fabriqués, pendant une dizaine d'années, les fameux jeux de construction.

"Tous les jouets "Meccano" vendus en France sont exclusivement fabriqués à Paris dans les usines Meccano, par des ouvriers français, avec des matières premières d'origine française", indique un avis de la direction publié dans Le Petit Parisien en décembre 1930.



Cette déclaration farouchement bleu-blanc-rouge, bien dans le ton de l'époque, est d'autant plus frappante que Meccano n'est pas une entreprise française. L'affaire est née à l'initiative d'un Britannique, Frank Hornby. A Liverpool, en 1898, il conçoit des jouets pour ses propres enfants à base de vis et d'écrous. En 1901, il brevète son invention sous le nom de "Mechanics Made Easy" (la mécanique rendue facile), et lance la fabrication. La marque Meccano elle-même apparaît en 1908.

Le succès est assez vite au rendez-vous, et une filiale française est créée dès 1912. Il ne s'agit encore que de distribuer des boîtes de jouets importées. Mais pour répondre à la demande, les usines commencent à croître et à se multiplier: une à Berlin en 1912, une autre à Paris en 1921-1922. Conçue par l'architecte d'origine belge Arthur Vye-Parminter, elle sort de terre au 78, rue Rébeval, dans le quartier de Belleville. Un étage est ajouté après 1925.


Les ateliers fonctionnent bien même si, un matin d'avril 1930,  l'explosion de quelques bonbonnes d'acide nitrique provoque un incendie et des dégâts matériels. Mais, au bout de dix ans à peine, les cinq étages, la cour, la nef centrale se révèlent déjà trop petits. En 1930, les dirigeants de Meccano décident d'installer en France une plus grande usine. Elle est construite en banlieue, à Bobigny, et opérationnelle à partir de 1934. Rue Rébeval ne restent alors que l'administration et l'expédition.
En 1951, Meccano abandonne finalement la rue Rébeval, et regroupe tous ses services à Bobigny, avenue Henri Barbusse. L'immeuble de Belleville est vendu.

Les étonnantes courbes de la façade (juin 2011)
Le Secours mutuel agricole s'y installe au milieu des années 1950. Le centre d'études supérieures de la Sécurité sociale y a également son siège à titre transitoire dans les années 1960.

Puis, à partir de 1985, les lieux, assez inchangés depuis l'époque Meccano, sont récupérés par l'Ecole d'architecture de Paris-Belleville, qui y demeure jusqu'à l'été 2009. 
Après des travaux, l'immeuble, qui dispose désormais de salles de conférence, d'un auditorium, etc.,  accueille depuis novembre 2012 l'Ecole des ingénieurs de la ville de Paris.